"C'est plus facile pour nous, les
convertis"
NOUVELOBS.COM | 17.12.2009 | 19:08
Nicolas Legiemble, 33 ans, cadre commercial à Paris, converti à l’islam
depuis 3 ans. Il raconte son expérience.
"J’ai été élevé par ma mère dans le catholicisme. A
Rouen, nous allions à la messe chaque dimanche, nous partions en vacances dans
des foyers de charité chrétiens, je faisais du scoutisme, j’allais à l’école
privée, et j’ai même ressenti durant un moment une vocation pour la prêtrise.
Et puis comme beaucoup d’adolescent rattrapé par ses hormones, à 12 ans, je me
suis découvert des aspirations incompatibles avec le dogme catholique. J’ai
ensuite vécu ma vie de jeune homme sans freins ni retenue, mais toujours très
curieux des spiritualités.
La vingtaine passée, j’ai définitivement réfuté le catholicisme,
qui ne me convenait pas à cause de son refus du mariage pour les prêtres et de
l’idée de trinité qui heurtait ma raison. Mais ma croyance en un créateur à
l’origine de l’univers ne me quittait pas. Durant mes études en HEC, je me suis
lié d’amitié avec des marocains et des algériens de mon école. Eux ne
pratiquaient pas, mais quand je me retrouvais dans leurs familles pour les
fêtes musulmanes, je me sentais attiré par leur culture. J’ai commencé à faire
quelques recherches sur l’islam, à lire le Coran, et cette religion m’est
apparue séduisante, plus cohérente que le judaïsme ou le christianisme qu’elle
parachevait à mes yeux.
Il y a trois ans, j’ai finalement prononcé la shaada pour ma
conversion devant un imam de la Mosquée de Paris, puis j’ai suivi des cours
pour approfondir mes connaissances et apprendre l’arabe. Ma famille a accepté
mon choix, même si je ne doute pas que le téléphone a dû sonner dans mon dos et
mes oreilles siffler. C’est qu’il ne fait pas tellement bon être musulman en
France en ce moment… Aujourd’hui, j’ai épousé une franco-marocaine, qui ne se
voile pas, je fais mes 5 prières par jour, le soir, avec elle, en rentrant du
travail, je vais à la mosquée le vendredi quand mon emploi du temps me le
permet, je ne bois pas d’alcool et je fais le ramadan. Je ne me cache pas
d’être musulman, mais je ne le crie pas non plus sur les toits, je respecte les
autres.
Evidemment, c’est plus facile pour nous les convertis, parce
que nous sommes fondus dans la masse, invisibles. Rien ne m’empêche réellement
de pratiquer ma foi en France, et ce qui me dérange, je m’en accommode, mais je
suis choquée par les débats actuels. On est en train d’inventer un délit de
religion. L’identité française, c’est la devise « liberté égalité fraternité ».
Seulement la France n’est pas à la hauteur de sa prétention de tolérance.
Pourquoi autorise-t-elle un cursus de finance islamique, directement issue de
la charia, et refuse-t-elle ses musulmans ? Je ne comprends pas ce « eux »
contre ce « nous » dans le discours de Nicolas Sarkozy. C’est discriminant. Et
si je suis acculé à choisir, je choisirais le "eux"."
Propos recueillis par Marie Lemonnier