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Hasan Al-Bannâ
(1906-1949)
Sheikh Hasan Al-Bannâ naquit en
Egypte à Al-Mahmûdiyyah, dans la province de Buhayrah. Son père, Sheikh Ahmad `Abd Ar-Rahmân Al-Bannâ, fut un savant actif connu pour sa générosité, son
caractère aimable, sa piété et ses efforts pour réconcilier les gens. Sheikh Ahmad
`Abd Ar-Rahmân Al-Bannâ était spécialisé dans les sciences de la Sunnah ; il laissa un certain nombre d’ouvrages
traitant du Hadîth dont Al-Fath Ar-Rabbâni li Tartîb Musnad Al-Imâm Ahmad, i.e., "Les
illuminations divines pour organiser Musnad de l’Imâm
Ahmad".
Sheikh Ahmad Al-Bannâ
Dans son enfance, Sheikh Hasan Al-Bannâ
s’impliqua dans des activités islamiques visant à répandre la vertu et à lutter
contre les actes et les paroles blâmables. Avec ces camarades d’école, ils
créèrent l’Association de l’Ethique Religieuse (Djam`iyyat Al-Akhlâq Ad-Dîniyyah) ainsi que l’Association de la Lutte contre
l’illicite (Djam`iyyat
man` Al-Moharramât). A l’âge de douze ans,
il participa à la Révolution de 1919.
Son attachement à la Tarîqah
Husâfiyyah, une confrérie soufie en
Egypte, enrichit sa spiritualité depuis sa jeunnesse.
Premier au classement, Sheikh Hasan obtint son diplôme de
l’Université de Dâr Al-`Ulûm.
Il fut nommé professeur dans une école de la ville d’Ismâ`îliyyah. Là-bas, il poursuivit son travail de prédication
avec une approche originale. Il décida d’aller à la rencontre des gens dans
leurs points de rassemblement. Ainsi prêcha-t-il dans des cafés. On le vit
également, debout dans la plus grande place de la ville, levant le Coran avec
la main droite et appelant les gens en disant : « Le droit Chemin est
ici ! ».
Sa démarche fut fructueuse. En peu de temps, il parvint à rallier
beaucoup de coeurs et d’énergie autour de lui, pour
servir l’Islam, à une époque où le monde islamique sombrait sous la botte de la
colonisation. Il avait un espoir : voir les musulmans battre du même cœur
et se pardonner mutuellement.
Al-Bannâ parvint à établir des bases
solides pour une activité islamique réfléchie et réformatrice. Avec six autres
membres, il prit l’initiative de fonder le premier noyau de l’Association des
Frères Musulmans (Djamâ`ah Al-Ikhwân Al-Muslimîn) en mars
1928. En 1932, il fut appelé à travailler au Caire. C’est là un point tournant
dans l’activité de l’Association des Frères Musulmans.
Le projet islamique qui anima la pensée d’Al-Bannâ
englobait toute la communauté musulmane. Il ne s’agissait pas d’un projet local
pour la société égyptienne. Cela se traduit en peu de temps, par la propagation
de l’appel d’Al-Bannâ dans divers pays islamiques où
il voyagea pour ancrer sa prédication et harmoniser les activités des Frères
Musulmans.
Appelant à une réforme pacifique au sein des sociétés musulmanes
à tous les niveaux - individuel et collectif - Al-Bannâ
voyait toutefois la nécessité d’une lutte armée pour libérer la Palestine et
toute terre injustement occupée par la botte de la colonisation. C’est ainsi
que de nombreux membres des Frères Musulmans participèrent aux combats de 1948
en Palestine.
L’influence et la popularité des Frères Musulmans prirent des
proportions importantes, voire gênantes selon des hommes au pouvoir qui
jugèrent bon de liquider l’Association des Frères Musulmans en assassinant son
leader.
Un complot sous le nom de « la Réconciliation » de
l’Association des Frères Musulmans avec le gouvernement fut organisé. Plusieurs
sessions de négociations étaient prévues. Al-Bannâ en
sa qualité de leader de l’Association et son porte-parole participa aux
négociations tenues au Caire, dans les locaux de l’Association Des Jeunes
Musulmans. Après les négociations, il salua l’assemblée du gouvernement et se
dirigea vers le portail. Dans la rue, devant le bâtiment de l’Association, il
fut abattu. Gravement blessé, on lui appela une ambulance et il fut transporté
à l’hôpital de Al-Qasr Al-`Aini, noyé
dans son sang. Son âme retourna ainsi à Son Créateur le 12/02/1949. Puisse Dieu
le compter parmi les martyrs : « Ne pense pas que ceux qui ont été
tués dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants,
auprès de leur Seigneur, bien pourvus * et joyeux de la faveur qu’Allah leur a
accordée, et ravis que ceux qui sont restés derrière eux et ne les ont pas
encore rejoints, ne connaîtront aucune crainte et ne seront point affligés. *
Ils sont ravis d’un bienfait d’Allah et d’une faveur, et du fait qu’Allah ne
laisse pas perdre la récompense des croyants » [Sourate 3, Âl Imrân, versets 169 à 171].
Ci-dessous, un extrait du livre Islam, le Face à Face des
civilisations, écrit par Tariq Ramadân, un des
petits-fils de Sheikh Hasan Al-Bannâ, lui
rendant hommage.
« Il [le gendre de Hasan Al-Bannâ,
i.e. père de Tariq Ramadân] avait tout appris
d’un homme qui lui avait tant donné, tant offert et qui très tôt, l’avait formé
et protégé. A son sujet, il était intarissable : Hasan Al-Bannâ, par son total dévouement à Dieu et à ses
enseignements, avait mis la lumière en son cœur et tracé le chemin de son
engagement. A tous ceux qui le critiquaient, qui parlaient sans l’avoir même
rencontré, ou entendu, ou seulement lu, il rappelait combien, à ses côtés, il
avait appris la spiritualité, l’amour, la fraternité et l’humilité. Des heures
durant, il faisait naître de sa mémoire les événements et les instants qui
l’avaient marqué alors qu’il était comme son fils et qu’on l’appelait « le
petit Hasan Al-Bannâ ». La foi profonde
de son maître, sa dévotion, son intelligence, sa science, son ouverture
d’esprit, sa bonté et sa douceur étaient les qualités qui émanaient de façon
permanente de ses descriptions. Souvent, il parlait de sa détermination dans
son engagement de tous les instants contre le colonialisme, contre l’injustice,
pour l’islam : cette détermination n’a jamais été une caution à la
violence qu’il refusait, comme il refusait l’idée d’une « révolution
islamique ». La seule exception concernait la Palestine : le message
d’Al-Bannâ était clair ; la résistance armée
s’impose face aux desseins terroristes d’Irgun ou de
l’ensemble des colons sionistes. Il avait appris de Hasan
Al-Bannâ, comme il le dit un jour, « à poser le
front à terre » : le vrai sens de la prière donnant force, dans
l’humilité, au sens d’une vie entière. Il avait appris enfin à tout
donner : après l’assassinat de son maître, en 1949, il retint la leçon et
sacrifia tout pour faire entendre le message libérateur de l’islam. L’histoire
est écrite par les puissants ; les pires calomnies avaient été dites à
propos de l’Imâm Hasan Al-Bannâ : il
n’eut de cesse d’écrire et de dire les vérités dont il s’était nourri. Mais
l’amour du pouvoir des despotes a causé la mort et répandu le sang, beaucoup de
sang ; et tellement de tortures. »
"Celui qui me marqua le plus, c’est le martyr, l’Imâm Hasan
Al-Bannâ. Il fut un savant en religion - au plus haut
niveau qui puisse exister en matière de `Aqîdah
(credo) et Sharî`ah. Il fut de plus un orateur
éloquent. Ses discours étaient toujours axés sur les fondements et non les
sujets insignifiants, sur les réalités et non les illusions. Hasan Al-Bannâ avait compris la situation critique de l’Islam après
l’effondrement du Califat et de l’Etat islamique. Les impérialistes étaient
alors venus usurper les richesses de l’Islam en Orient et en Occident. L’homme
s’opposa à leur force destructive en formant des groupes islamiques qui furent
fiers de leur foi et fermement attachés à la vérité, malgré les obstacles et
quelles que soient les conséquences.
Hasan Al-Bannâ était l’ami de
chaque croyant qu’il rencontrait. Celui qui le rencontrait était enveloppé
généreusement par sa tendresse. On sentait qu’il était devenu un cher ami. Il
veillait toujours à ne pas gaspiller du temps dans les paroles futiles. Il n’y
avait pas une seule minute, je dirais même une seule seconde, qui s’écoulerait
sans qu’il ne serve l’islam. Il servait l’islam par un mot, par un conseil, par
une action productive, par une plaisanterie qui visait à établir l’amour entre
les c ?urs.
Hasan Al-Bannâ avait une mémoire
photographique. C’est comme s’il se rappelait les évènements et les noms en
tournant une cassette vidéo. Si quelqu’un le rencontrait et discutait un
problème avec lui en mentionnant le nom de ses frères et sœurs et si il revenait
le voir quelques années plus tard, il [Al-Bannâ]
commencerait la conversation en prenant des nouvelles des frères et sœurs
mentionnés, un par un. Il pouvait aussi continuer la discussion d’un problème
ou d’évènements évoqués il y a quelques années, comme si cela avait eu lieu
juste la veille.
La vérité est que Hasan Al-Bannâ
fut un aimant sincère. On pouvait le voir étreindre un simple ouvrier portant
des habits salis. Cela ne l’empêchait guère d’exprimer son amour. En fait, Hasan
Al-Bannâ est tellement distingué par de si nombreux
aspects qu’il me faut un livre séparé pour détailler cela."