Source : www.islamophile.org Traduit de l’anglais du site Islamonline.net.
Il s’est passé 1431
années à compter de l’émigration du Prophète Muhammad de la Mecque vers
Médine, en septembre 622 E.C., événement désigné par le terme hijrah (ou hégire en français). Ce voyage est l’un
des événements majeurs de l’histoire musulmane.
Les premiers musulmans étaient très durement persécutés et
torturés à la Mecque par la puissante tribu de Quraysh.
Les musulmans étaient alors peu nombreux et une grande partie d’entre eux
étaient des esclaves. Incapables de repousser la main de leurs persécuteurs,
tout ce qu’ils pouvaient faire était de patienter jusqu’à ce que Dieu leur
donne une autre issue.
La douzième année de la mission
prophétique, douze hommes de la ville de Yathrib
(l’ancien nom de Médine) se rendirent à la Mecque pendant la saison du
pèlerinage et rencontrèrent Muhammad à Al-`Aqabah.
Ayant entendu son message, ils embrassèrent l’islam et déclarèrent leur foi
lors du Premier Serment d’Al-`Aqabah.
Le Prophète envoya Mus`ab Ibn `Umayr avec eux à Yathrib pour leur enseigner la religion. Mus`ab réussit à
convertir beaucoup de gens à l’islam. L’année suivante, en juin 622 E.C.,
soixante-treize hommes et deux femmes de Yathrib se
rendirent auprès du Prophète pendant le pèlerinage et lui prêtèrent allégeance,
ce fut le Deuxième Serment d’Al-`Aqabah. Ils promirent de le protéger et d’aider les
musulmans de la Mecque à se réinstaller dans leur ville.
Cette délégation constituait le noyau de musulmans qui reçurent
par la suite le nom de Ansâr,
littéralement les Auxiliaires ou les Secoureurs, des musulmans originaires de Yathrib, ville rebaptisée Al-Madînah
Al-Munawwarah - la Cité Illuminée - ou Médine.
Les musulmans quittèrent progressivement la Mecque, par petits groupes, pour ne
pas attirer l’attention des Qurayshites. Finalement, les Qurayshites se
rendirent compte de ce qui se passait et essayèrent d’empêcher nombre d’entre
eux de partir. L’histoire relate de nombreux récits à propos de ces hommes et
de ces femmes qui abandonnèrent leurs maisons, leurs biens, et leurs familles
pour avoir la possibilité de pratiquer librement leur religion à Médine.
Ce fut seulement quelques mois plus tard que Dieu autorisa le
Prophète - paix et bénédictions sur lui - à quitter la Mecque. Peu de temps
avant son départ, Jibrîl (l’Ange Gabriel) informa Muhammad
que Quraysh complotait pour le poignarder dans son
sommeil. La nuit où l’assassinat devait avoir lieu, son cousin `Alî Ibn Abî Tâlib
se coucha dans le lit du Prophète tandis que celui-ci se réfugia avec son
Compagnon Abû Bakr dans une caverne au Sud de la
Mecque, à l’opposé de la direction de Médine. Heureusement pour `Alî, les meurtriers découvrirent son visage avant de le
poignarder ; ils le laissèrent alors lorsqu’ils réalisèrent que leur
intrigue avait été déjouée.
Muhammad et Abû Bakr se
cachèrent dans une grotte pendant trois jours tandis que les Qurayshites
ratissaient les alentours de la Mecque. A un moment, leurs ennemis se tenaient
à quelques mètres d’eux à l’extérieur de la grotte, mais Dieu les protégea par
des "miracles ordinaires". Une araignée venait en effet de tisser sa
toile à l’entrée de la grotte et des colombes y avaient fait leur nid et pondu
leurs œufs [1]. Les poursuivants se dirent que personne
n’était entré dans cette grotte récemment et ne la fouillèrent pas.
Les deux compagnons poursuivirent donc leur route, conduits par
un guide païen, et empruntèrent une route côtière de manière à fausser
compagnie avec leurs poursuivants. Lorsqu’ils arrivèrent enfin à Médine, Muhammad
lâcha les rênes de sa chamelle et la laissa avancer comme bon lui semblait
jusqu’à se qu’elle se posât. Le Prophète acheta la terre où sa chamelle s’était
arrêtée. Puis, en attendant que la Mosquée du Prophète et ses appartements y
fussent bâtis, le Prophète et Abû Bakr bénéficièrent
de l’hospitalité des Ansâr.
L’Hégire donna enfin aux musulmans un lieu où ils pouvaient
déclarer ouvertement leur religion et la pratiquer en paix. Ce fut la naissance
de l’État islamique. Les versets du Coran révélés à la Mecque avaient traité
essentiellement de la nature de Dieu et de la relation de l’homme avec Lui. A
la Mecque, il y avait peu de foyers dont tous les membres étaient musulmans. En
ces temps, l’islam semblait se focaliser sur l’individu et son devenir dans
l’au-delà. A l’opposé, les versets révélés à Médine portèrent davantage sur la
relation de l’homme avec autrui - les dimensions sociale, politique et
économique de l’islam qui ne pouvaient pas être développées auparavant, sous la
persécution.
L’Hégire était aussi remarquable par la fraternité et l’altruisme
manifestés par les Ansâr à l’égard des Muhâjirûn (les émigrés venus de la Mecque). Les Ansâr n’étaient pas riches. Néanmoins, ils
accueillirent les Muhâjirûn, partagèrent leur
nourriture et leurs habitats avec eux, et les aidèrent à s’installer et à
trouver du travail. De plus, les Ansâr étaient
conscients que ce faisant ils défiaient les Qurayshites et toutes les tribus
païennes de la péninsule arabique. Les païens lancèrent, en effet, plusieurs
campagnes militaires pour exterminer l’État musulman naissant. Mais les Ansâr demeurèrent fidèles au Prophète - paix et
bénédictions sur lui - qui n’eut de cesse de les aimer et de les louer.
Ce fut le deuxième calife, `Umar Ibn Al-Khattâb
qui choisit l’année de la hijrah comme point
de départ du calendrier musulman. Auparavant, les provinces se repéraient dans
le temps par rapport à certains événements comme la n-ième
année du règne d’untel ou l’année où tel ou tel événement se produisit. `Umar
standardisa donc la chronologie ; il est important de noter qu’il choisit
l’Hégire comme point de départ, et non pas la naissance ou le décès du
Prophète, ni la première révélation du Coran. L’Hégire marquait la naissance de
l’islam en tant que mode de vie complet touchant tous les aspects de
l’existence de l’Homme.
[1] L’authenticité de ces
miracles fait l’objet de certaines réserves de la part de certains savants. On
pourra consulter à cet effet l’article de Sheikh Yûsuf
Al-Qaradâwî : "Les
miracles du Prophète entre les outranciers et les incrédules". Ndlr