Alors que Dubaï World possède une
montagne de dettes, elle n'hésite pas à inaugurer un complexe hôtelier
pharaonique et un centre commercial de grand luxe, mercredi 16 décembre, en
plein cœur de Las Vegas. Le tout pour 8,5 milliards de dollars.
Mohamed Nouri : C’est un
autre épisode de la crise financière internationale qui s’est déclenchée voilà
deux ans aux États-Unis puis en 2008 dans le monde occidental. Le premier
épisode de la crise mondiale fut la chute de la banque d’affaires Lehman
Brothers (en septembre 2008, ndlr). Le deuxième fut l’affaire
Madoff. Dubaï n’est que le troisième épisode.
Son modèle de croissance, fondé sur des secteurs fragiles, est arrivé à
essoufflement. C’est le modèle de globalisation et du capitalisme qui subit une
nouvelle fois un énorme coup. Le pays a reposé sa richesse sur l’économie de
service, du tourisme et du luxe.
Je pense que cet événement va susciter beaucoup d’intérêts dans les prochains
mois auprès des financiers et va engendrer des conséquences non négligeables
sur le reste des pays du Golfe.
M. N. : Les bulles
spéculatives ne peuvent pas toutes éclater en même temps et en une seule fois.
La bulle des subprimes qui s’est déclenchée aux États-Unis n’a donné ses suites
dans le monde, et notamment en Europe, que plusieurs mois plus tard et s’est
muée en une crise économique. Les produits toxiques ont été camouflés et cachés
sur les marchés financiers et les Bourses internationales, et n’ont pas été
trouvés dès le premier jour.
C’est pour cela que maintenant se déclenche la crise de Dubaï. Et on va sûrement
s’attendre à d’autres surprises. D’autres coins du monde que l’on croit
épargner par la crise vont voir les conséquences de ces actifs toxiques arriver
chez eux.
M. N. : Oui, complètement.
Ses succès antérieurs n’étaient fondés ni sur la production ni sur l’économie
purement réelle, mais s'appuyaient plutôt sur la spéculation immobilière et une
économie de l’opulence.
M. N. : La richesse d’Abu
Dhabi est issue de la manne pétrolière, contrairement à son voisin, qui a pris
le chemin d’une croissance purement exogène, fondée sur la spéculation
immobilière.
Abu Dhabi n’a pas d’autres choix et de solutions que de supporter Dubaï, sinon
ce sera la chute pour lui et ses voisins. Abu Dhabi va soutenir Dubaï d’une
manière bien calculée. Il a déjà offert 10 milliards de dollars mais il ne peut
pas donner plus en une seule fois car il doit aussi supporter les coûts de
l’aide apportée à l’intérieur de son pays. Abu Dhabi est en train de mesurer
son appui et son assistance à Dubaï.
Mohamed Nouri, président du
COFFIS.
M. N. : Ce qui se passe à
Dubaï n’a rien à voir avec la finance islamique. Il ne devrait donc y avoir
aucune conséquence sur son développement en France. La finance islamique dans
cet émirat ne représente qu’une niche très négligeable de son système
financier, même si la compagnie Nakheel, qui a émis des sukuk d’une
valeur de 3,5 milliards de dollars, est touchée par cette crise.
C'est non pas la faute des sukuk ni de la finance islamique, mais celle
de Dubaï qui n’a pas honoré ses engagements de garanties vis-à-vis de ses
actifs tangibles. Les sukuk sont adossés à des actifs totalement
tangibles alors que les actifs toxiques sont purement spéculatifs et fondés sur
une économie non réelle.
Une seule grande banque islamique existe, la Dubaï Islamic Bank, alors que les
banques traditionnelles représentent 90 % du secteur financier et bancaire de
l’émirat.
M. N. : Le COFFIS est une
structure établie en avril 2009 sur la scène publique française pour
accompagner les acteurs et les décideurs qui préparent actuellement le terrain
pour accueillir les banques islamiques sur le territoire.
Cet accompagnement se fait à travers l'existence de plusieurs commissions
internes qui travaillent autour de la jurisprudence islamique, du consulting,
de la formation, de la recherche et de la sensibilisation. Concernant la
commission sharia, elle est majoritairement composée de jurisconsultes
francophones, qui se mettent en relation avec d’autres jurisconsultes du monde
musulman qui sont des experts en matière de finance islamique. Elle est
notamment composée de membres du Conseil européen de la fatwa et présidée par
le cheikh Abdullah
Bin Bayyah, un érudit francophone réputé mondialement. Tout cela afin de
mieux accompagner les efforts des décideurs dans ce domaine.
Lundi 21 Décembre 2009
Source : http://www.saphirnews.com